François Bourgogne est né à Collonges (canton de La Guiche en Saône-et-Loire), le 6 mai 1804. Il était le fils d’un manœuvre, comme l’atteste son certificat de naissance, probablement d’un humble manœuvre agricole de village.
François Bourgogne, plutôt que de devenir religieux, avait choisi d’être instituteur public. Dans ces temps incertains pour la fonction, son choix fut clair et démontrait déjà, sinon son engagement politique, du moins son attachement aux idées républicaines.
Les premières mentions de François Bourgogne instituteur se trouvent dans l’acte de naissance de l’un de ses enfants, Emiland, à Gourdon, commune de Saône-et-Loire (canton de Mont-Saint-Vincent), en 1832, où il est désigné comme exerçant cette profession. On peut croire qu’il possédait les connaissances souhaitables pour enseigner, on ignore cependant comment il atteignit son niveau d’instruction et comment il avait été autorisé provisoirement à enseigner à Gourdon par le recteur de l’académie de Dijon.
Il est peu probable que la commune de Gourdon ait eu un bâtiment d’école dédié à cette époque : « Il est plus que vraisemblable que sous la monarchie de Juillet et jusqu'au milieu du Second Empire l'école est établie dans une maison louée par la commune à un particulier, puisqu'il n'y a pas d'acquisition d'immeuble avant 1855. Il est rarement possible d'identifier avec certitude les immeubles loués qui ont servi d'école, car même si l'on trouve un bail de location, ce dernier ne donne généralement pas les cotes cadastrales.(..) En ce qui concerne le caractère congréganiste ou laïc de l'enseignement, je n'ai pas d'élément précis concernant Gourdon. (..) On trouve régulièrement, sous le Second Empire, des délibérations municipales à ce propos. Le préfet nommait les instits, mais selon l'avis des conseils municipaux entendus selon les termes du décret du 9 mars 1854. Ce dernier a donné lieu à de multiples jurisprudences. En 1869, la question sous-tendue est souvent celle de la gratuité, généralement la règle dans les écoles congréganistes, alors que la loi Duruy de 1867 pose le principe de la gratuité partielle pour les écoles publiques qui peuvent désormais l'assurer grâce à une imposition extraordinaire. »
Toujours est-il qu’en 1837, pour obtenir, selon la loi de 1833, le diplôme exigé, François Bourgogne passa devant une commission d’attribution. Cette commission comprenait donc un inspecteur d’académie et un inspecteur primaire « particulièrement compétents en pédagogie » mais particulièrement inutiles aux yeux des autres membre. François Bourgogne fut examiné sur l’instruction morale et religieuse, puis sur les matières essentielles et les méthodes de l’enseignement primaire. Ayant passé les épreuves avec succès, il reçut le Brevet de capacité pour l’enseignement primaire élémentaire.
C’est ainsi que le 30 juin 1837, il fut officiellement « institué instituteur de Gourdon pour y tenir une école primaire élémentaire », autorisation donnée cette fois par le ministre Narcisse-Achille de Salvandy, Grand maître de l’Université, au nom du roi.
Il ne restait plus à François Bourgogne, qu’à prêter le serment de fidélité envers Louis-Philippe 1er , le 10 septembre 1837 et il fut installé rapidement dans ses fonctions par le comité local témoin, il avait 32 ans. Il prodigua son enseignement pendant 13 ans en cette commune.
Une décision prise le 28 décembre 1850 par le recteur de l’académie de Saône-et-Loire et son conseil, obligea François Bourgogne à aller exercer, dès lors provisoirement, en la commune de Mornay (canton de Saint-Bonnet-de-Joux). Fallait-il voir, dans cette mutation non désirée, une sanction ? Le recteur motivait cette nomination par le fait que le conseil municipal de cette commune n’avait pas encore choisi d’instituteur communal sur la « liste d’admissibilité et d’avancement » qui lui avait été adressée, curieux motif.
Un arrêté du ministre de l’instruction publique et des cultes, le 5 juillet 1851, nomma donc le sieur Bourgogne François, instituteur de la commune de Mornay et annonça qu’il y serait installé par le délégué de Monsieur le recteur d’académie, ce qui fut fait le 1er septembre 1851.
Le déplacement de l’instituteur était évidemment lié à des circonstances politiques. Selon la tradition familiale, parvenue jusqu’à nous, celui-ci était républicain. Il avait sans doute appris, à l’issue de la Révolution des 22, 23 et 24 février 1848, la proclamation de la Seconde République le 24 février et il dut montrer, imprudemment sans doute, de vives espérances. Cependant, le nouveau régime, très démocratique à ses débuts, fut bientôt trahi, à la suite de l’élection par le peuple mal informé, de Louis-Napoléon Bonaparte, Président de la République (le 10 décembre 1848) et d’une Assemblée Législative en majorité royaliste.
Une menace durable s’en suivit contre les instituteurs républicains, car, en accord avec l’Assemblée, ce Président et bientôt Prince-Président, commença d’en révoquer bon nombre, dès 1850, avant d’abolir la République par son coup d’état du 2 décembre 1851. Un an plus tard, il se proclamait Empereur sous le nom de Napoléon III (2 décembre 1852). S’ouvrit alors une période durant laquelle les cléricaux eurent la part belle.
Des raisons politiques donc présidèrent à l’éviction de François Bourgogne de la commune de Gourdon. Sa nouvelle affectation fut de courte durée puisque dès le 19 juillet 1851, il était vivement réprimandé, en une lettre, par le recteur qui l’avait fait nommer à Mornay : « …j’étais loin de m’attendre que vous donneriez lieu à des plaintes soit de la part de l’autorité administrative, soit de la part des autorités locales et que vous vous rendriez impossible dans cette localité… ». Là encore la persécution était d’ordre politique et ne pouvait provenir que de partisans de la restauration de l’empire puisque le maire de Mornay, en accord avec ses conseillers municipaux, capable d’écrire, certifia le 9 mars 1852 notamment que « … le sieur Bourgogne François … a apporté tout le zèle et l’application dans ses services qu’on est en droit d’attendre d’un instituteur et qu’il emporte le regret général des habitants… ».
Certaines « autorités » ne pouvaient manquer de menacer un républicain, quel qu’il fut, pour écarter tout obstacle aux ambitions du Président de la République. La lettre du 19 juillet 1851 rappelait à François Bourgogne ses antécédents (sous-entendues : ses initiatives politiques républicaines), en lui laissant penser que cela pouvait désormais être ignoré… s’il adoptait une conduite conformiste, considérée comme « morale et indispensable ». Il pourrait alors redemander son inscription sur « la liste d’admissibilité » des instituteurs enseignants. Le recteur consentait ainsi pour lui « à un nouvel et dernier essai ». C’était une menace, à peine déguisée, de révocation sans appel.
Il s’en suivit une lettre le 23 février 1852 par laquelle le recteur l’invitait à se « rendre immédiatement à Chevagny-sur-Guye » où Monsieur le Maire devait l’installer dans ses fonctions et où il devait éviter toute plainte « de la part des diverses autorités chargées de la surveillance des écoles ».
Par son « Instruction Publique » du 22 avril 1852, le recteur de l’académie de Saône-et-Loire confirmait cette nomination, toujours à titre provisoire, à la direction de l’école communale de Chevagny-sur-Guye d’ « un laïque » demandé par le conseil municipal local.
François Bourgogne mourut huit ans plus tard, le 1er avril 1860, âgé de 50 ans, étant déclaré « instituteur à Chevagny » par l’avis de décès. Il lui était né plusieurs enfants. Leur éviter la misère lui a-t-il paru essentiel ? Son garçon âgé de 18 ans en 1852 n’était que domestique de ferme… Les soucis familiaux l’ont-ils fait renoncer à la politique ? Sa carrière sembla dès lors moins houleuse, grâce peut-être aussi à la certaine tolérance enfin favorable aux instituteurs laïcs intervenue sous le ministère Rouland (1856-1863). Cette dernière lui fut sans nul doute salutaire…
Les troubles qui ponctuèrent la carrière de François Bourgogne restèrent cependant sans commune mesure avec ceux que subirent d’autres instituteurs du département .
Souce: musee-ecole-montceau-71.blogspot.com
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